Skip to content

du mensonge radioactif et de ses préposés (pdf)

mars 28, 2011

du mensonge radioactif et de ses préposés (pdf)

Texte d’intro à la réedition en 2004

« C’était il y a longtemps et ce n’est pas vrai. »

Vasilij Saragovedz, un des liquidateurs de Tchernobyl, mort en 1999. (in Le Sacrifice, film de Wladimir Tchertkoff

 

Avant-propos (mars 2004)

Depuis la publication des textes qui suivent, onze années se sont écoulées. Elles ont vu un monde prendre forme, celui construit notamment sur la politique négationniste des États nucléaristes au lendemain de Tchernobyl.

Selon les nucléaristes qui couvrent le désastre de Tchernobyl depuis dix-huit ans, « près de 8 millions de personnes vivent actuellement dans des territoires contaminés par l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986. Ces territoires représentent près de 140 000 km2 et sont situés dans trois républiques de l’ex-URSS : la Fédération de Russie, l’Ukraine et la République du Bélarus. [1] »

Les nucléaristes ne peuvent plus parler comme en 1986 de « radiophobie » (selon les experts, « peur de la radioactivité dénuée de tout fondement » ) tant ce mot a suscité de rejet parmi les êtres humains contraints de survivre sur des territoires contaminés pour des centaines d’années. En Bélarus, les défenseurs de l’industrie nucléaire collaborent avec le régime néo-stalinien et mafieux en place pour dissocier les pathologies observées de la radioactivité (alors que 80% des enfants de Bélarus sont aujourd’hui malades). Des scientifiques sincères (parfois inconscients des intérêts en jeu) rompent l’omertà et ne peuvent plus s’exprimer publiquement. Certains sont persécutés, comme le professeur Youri Bandajevsky, qui crève aujourd’hui dans une prison de Gomel pour avoir établi le rôle du césium 137 dans l’apparition de multiples pathologies : il a été condamné en 1999 à huit ans de prison à régime sévère par un tribunal militaire.

Sous la houlette des experts nucléaires français, flanqués désormais de communicants spécialisés dans la gestion du risque social (en ce moment Mutadis Consultants) des équipes se relaient afin de tenter de restaurer ce qu’ils appellent la « confiance sociale » et d’« occuper le terrain », comme l’a déclaré l’un d’eux. Après Ethos 1 et 2 (1996-2001), ils viennent de lancer en 2002, Core [2], programme de « développement durable sous contrainte radiologique ». Voici, à travers quelques citations, la manière dont les experts internationaux s’intéressent aux conséquences de Tchernobyl et contribuent au maintien et à la soumission des populations sur les territoires contaminés.

« Dans un contexte de méfiance sociale envers les autorités et les experts, les populations se sont trouvées dépossédées et incapables de faire face par elles-mêmes à la situation et ont par conséquent subi un haut degré de stress (…) la « sur-psychologisation » de la situation reposait sur des concepts erronés comme « radiophobie » et a été perçue par la population comme un déni de ses propres inquiétudes, et a contribué à renforcer sa détresse, tout en accroissant sa méfiance envers les autorités médicales. »

Heriard Dubreuil, directeur de Mutadis Consultants, The Ethos Project in Belarus (1996-1998) [3]

« Nous devons apprendre aux gens à vivre avec la radiation, surtout aux enfants et aux jeunes. La nécessité d’impliquer les gens eux-mêmes dans le travail pour la réhabilitation des territoires sinistrés est incontestable. La population ne doit pas rester passive envers son avenir. Et notre objectif commun est de tout faire pour créer des conditions pour activer les gens, créer des possibilités d’autogestion des risques radiologiques. Cette approche coïncide complètement avec le principe national énoncé plusieurs fois par le président de notre pays Alexandre Grigirievitch Loukachenko. Il a dit que nous tous nous devons travailler manches retroussées. Chacun doit prendre en charge son propre destin. [4] »

Tsalko Vladimir, président du Comité Tchernobyl de Belarus, organisme de l’État de Bélarus. Équipe Ethos.

« La qualité radiologique est recherchée dans la démarche Core comme la résultante d’une dynamique de développement durable (sanitaire, alimentaire, environnementale, agricole…) des territoires contaminés et non pas de façon isolée. (…) Un développement sous contrainte radiologique n’est envisageable que par une mise en synergie des acteurs locaux, nationaux et internationaux dans le cadre d’une action en commun organisée pour faciliter leur implication. [5] »

Programme Core

« Un des effets de l’accident de Tchernobyl c’est aussi d’ajouter une dimension, une qualité supplémentaire, aux choses et à la vie. Cela se traduit par l’irruption dans le langage de nouveaux mots, de nouvelles expressions, de nouvelles unités plus ou moins compréhensibles. Chacun doit s’approprier tout cela si il veut rester en prise avec cette nouvelle réalité. La mesure de son environnement direct et des produits qu’il mange et la mesure de son propre corps sont la seule façon pour chacun de s‘approprier la réalité de Tchernobyl et de ses conséquences. Sans la mesure, le monde reste étranger, et les discours des experts théoriques et incompréhensibles.Toutes les personnes engagées dans la co-expertise ont donc fait beaucoup de mesures elles-mêmes et aussi ont fait faire beaucoup de mesures aux radiamétristes des villages et aux professionnels de santé. (…) il a fallu s’appuyer sur les spécialistes qui ont beaucoup travaillé et progressivement trouvé leur rôle dans le processus de coexpertise  : ceux des centres locaux du contrôle radiologique et de l’hôpital de Stolyn, ceux de la station sanitaire et épidémiologique et ceux de l’Institut Belrad. [6] »

Jacques Lochard, Ethos, directeur du CEPN, Centre d’études sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire créé par EDF, le CEA et la Cogema

« Dans un tel contexte, le principal enjeu est d’établir les bonnes conditions pour que l’exercice de ces différentes fonctions se déroule dans la transparence et le pluralisme qui sont les conditions de base de la confiance sociale, au-delà d’apporter à la population toutes les informations et les éclairages qu’elle est en droit d’attendre sur les modalités de surveillance et de contrôle des activités qui génèrent des expositions et sur les caractéristiques et les effets de ces dernières. Dans le domaine de la radioprotection de la population, les modalités de gouvernance des activités sont donc aussi importantes, sinon plus, que les mesures réglementaires, organisationnelles et techniques qui assurent en dernier ressort la qualité de la protection de chacun. »

Priorités en radioprotection – Propositions pour une meilleure protection des personnes contre les dangers des rayonnements ionisants. Rapport de la commission Vrousos remis à André-Claude Lacoste, directeur général de la sûreté nucléaire et de la radioprotection, le 2 mars 2004.

 

On notera que des mots et des expressions qui ne concernaient que les travailleurs de l’industrie nucléaire (« culture radiologique », « qualité radiologique ») ont vu, avec les progrès de la contamination radioactive, leur champ d’application s’étendre à la société entière. Il s’agit d’impliquer le « non-expert » (la victime !) à ce qui lui est imposé et infligé : l’adapter à une nouvelle nature étrangère et menaçante créée par l’intégration d’un mode de production mutagène et cancérigène [7]. Il faut diluer les responsabilités et laisser crever en silence. Le rapport français de la commission Vrousos, intitulé Priorités en radioprotection – Propositions pour une meilleure protection des personnes contre les dangers des rayonnements ionisants, rendu public le 2 mars 2004, vient confirmer que les experts français ont déjà intégré dans leur novlangue destinée aux populations ce qu’ils ont expérimenté à Tchernobyl (dans le jargon des experts, c’est le retour d’expérience [8] …). Aussi, chacun doit savoir que, lorsque éclatera la « surprise » (comme le directeur du CEPN, Jacques Lochard, a récemment appelé la catastrophe nucléaire à venir), ce n’est pas de radioactivité dont l’armée s’occupera mais bien de contenir la colère et l’angoisse des populations pour assurer la continuité du « service public » de l’électricité « nucléaire ». Il faudra donc que les irradiés avalent ce néo-langage, qu’il acceptent avec fatalisme de survivre et de mourir en comptant les becquerels.

Nous avons décidé de republier la dénonciation de ce négationnisme que certains d’entre nous avaient faite en 1993.

Au moment où, en France, le pouvoir nucléariste considère qu’il s’est suffisamment renforcé pour pouvoir envisager de lancer le renouvellement du parc nucléaire, nous avons jugé utile de montrer en partie sur quel terrain cette certitude se fonde : à la fois sur la volonté de compromettre chacun avec l’industrie nucléaire (à coups de campagnes de propagande publicitaire) et sur le fait que toute opposition s’est dissoute dans le verbiage citoyenniste quémandeur et respectueux de l’État [9].

Nous avons ajouté au texte original Sage comme des images, texte répondant à l’apparition du « Réseau pour sortir du nucléaire », en 1998. Il montre comment les diverses variantes d’une opposition défaite se sont cristallisées pour ne laisser place qu’à un lobby indigent dont les perspectives dérisoires consistent à culpabiliser le citoyen sur sa consommation d’énergie, alors que ces fameux « choix énergétiques » se font de toute façon sans lui. Soucieux de l’avenir d’EDF, ce réseau veut « développer les économies et les énergies renouvelables [ce qui créerait selon lui] « un formidable gisement d’emplois utiles et durables ».

Malheureusement, le nucléaire n’est pas un accident de l’histoire. Il s’inscrit dans la course à l’industrialisation du monde, qui, avec ou sans énergies « renouvelables  », s’accompagne d’un cortège toujours plus impressionnant de destructions de masse, de guerres, et surtout d’un chaos social qui s’annonce désormais comme les conditions de vie « normales » dans notre société.

Quelques ennemis du meilleur des mondes

Publicités
No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :