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pas de recyclage pour le capitalisme

avril 25, 2011

Dimanche 24 a eu lieu à Bruxelles une manif  antinucléaire rassemblant pas mal de monde. Elle était appelée par différentes orgas écologistes et partis gauchistes. Ce fut l’occasion pour chaque chapelle d’essayer de recruter et de promouvoir son programme (qui pour la plupart des partis présents ne proposaient non pas la fin du nucléaire mais bien sa nationalisation), pour certains alter-capitalistes de vendre leur stickers, pour d’autres de vendre les énergies industrielles dites renouvellables.

Ce fut l’occasion de diffuser ce petit texte qui tente d’expliquer pourquoi nucléaire et renouvellable industriel participent d’une même logique qui nous a mené dans le mur. En espérant qu’il permette de se questionner sur le sens du vent et comment agir contre la société nucléarisée.

Pas de recyclage pour le capitalisme

Aujourd’hui, personne ne peut nier que la catastrophe sociale et écologique est sans précédent, et on entend souvent que cette société va droit dans le mur. Or le mur, on y est déjà, et le nucléaire en est bien le symbole -très réel- le plus évident.

Il faudrait s’illusionner pour encore débattre sur les bienfondés du nucléaire, et la liste de ses nuisances irréversibles est interminable, nous ne la dresserons pas ici. Concernant la technologie nucléaire en elle-même, on peut tout de même pointer les deux éléments les plus significatifs : l’absurdité des déchets nucléaires, restes encombrants en cadeau pour la fin des temps, et le fait que la technologie nucléaire est en soi, de par sa nature même, une technologie incontrôlable qui produit quotidiennement des rejets toxiques et des accidents inévitables (les bien-nommés incidents).

Mais le désastre nucléaire ne peut être perçu uniquement sous l’angle du désastre écologique. Car, si ce celui-là est bien réel et irréversible, il en est un autre, social, qui prend ses racines dans la naissance du capitalisme industriel.

Depuis plusieurs siècles déjà, ce système colonise toujours plus en profondeur une part croissante des aspects de l’existence. Tout l’espace social a été réagencé selon les nécessités de la circulation des  marchandises, des travailleurs, des informations, des énergies et des consommateurs. La société industrielle s’est imposée de manière exponentielle dans la vie individuelle et sociale, colonisant tous les domaines du vivant : temps, espace, santé, activités, alimentation, habitat, naissance, mort, émotions, …

Plus que toute autre industrie, le nucléaire est le représentant par excellence de cette logique où, pour le profit et la puissance, quelques individus introduisent dans la cité un cheval de Troie technologique, dont les effets seront subis irrémédiablement par toutes et tous. Pourtant, cela ne s’est pas fait sans difficultés et le nucléaire a su, lorsque le leurre démocratique n’était plus suffisant, s’imposer par la force militaire contre l’avis des populations (comme à Chooz, Malville, Golfech, …). Il suffit de regarder ce qui se passe en Inde, où les locaux s’opposent au projet d’Areva (la construction du plus grand complexe nucléaire mondial, avec 4 réacteurs EPR) pour voir que ce n’est pas fini.

Il est évident que dans le domaine du nucléaire, civil et militaire sont inséparables. D’abord développé puis utilisé comme une arme d’extermination massive, il a ensuite été recyclé dans l’industrie civile. Et là aussi, le choix du combustible utilisé dans les centrales s’est fait en fonction de son usage militaire. Le nucléaire est donc un moyen totalitaire mis au service d’une société totalitaire ; et le désastre actuel est la conséquence d’une forme d’organisation sociale, qu’il participe à modeler en retour.

Dans cette farce, l’Etat et les industries nucléaires tiennent le rôle du pompier pyromane, imposant aux populations (dans le rôle des dindons) une technologie que seuls ses spécialistes seront à même de pouvoir prétendre gérer et justifier. Dans les années ’50, lors de la construction des premières centrales, les nucléocrates ont prétendu contrôler tout le processus. Après Tchernobyl, quand il est devenu impossible de cacher les dangers de cette technologie, ils se sont adaptés à la situation, introduisant l’idée de risque (minime, mais nécessaire) dans leurs discours. Et maintenant, ils prétendent gérer ce risque.

Non contents de nous imposer la vie irradieuse sous l’ère du nucléaire, ses promoteurs veulent aujourd’hui nous habituer à sa présence, en faisant exister cette culture du risque. On ne compte plus les communications paternalistes suite à la catastrophe de Fukushima, les exhortations à remettre nos vies entre les mains de l’Etat et des spécialistes en cas d’accident, et les simulations de plans d’urgence (scénario : incident nucléaire) où les populations sont prises en charge par l’armée et la police, forcées à l’exode ou au confinement. Vivre dans une société nucléaire, et en tirer les conséquences, c’est accepter de vivre dans l’angoisse équivalent à celle d’une société en guerre. Et il faudrait trouver cela normal.

Aujourd’hui, il nous semble particulièrement ironique que les éoliennes, nouvelle nuisance industrielle, deviennent le fer de lance des discours écologistes face au nucléaire. Les nouvelles énergies dites « renouvelables », pensées par la société industrielle pour sa propre perpétuation, ne remettront pas en cause les fondements de celle-ci. Elles font partie intégrante du discours véhiculant mensonges techniques, éthiques et manipulation de l’imaginaire.

Les éoliennes industrielles, par exemple, ne correspondent en rien à l’image qu’on nous vend du bucolique moulin à vent, semblant sortir du sol aussi naturellement qu’un arbre au printemps. Une éolienne industrielle, ce sont des procédés d’extraction (dans des mines principalement en Chine) de métaux appelés Terres rares, qui dévastent des régions entières. C’est la consommation d’énergies fossiles pour sa construction et son acheminement. C’est aussi le saccage de l’environnement où elle  est installée, avec son pilier de  150 mètres de haut, son socle de béton d’une tonne, ses nuisances sonores et visuelles, … Les énergies renouvelables sont enfin un excellent alibi vert pour le lobby nucléaire qui investit dans ces technologies, évidemment pas pour sortir du nucléaire mais comme source d’électricité d’appoint. En Belgique, GDF-Suez qui possède Electrabel est le principal investisseur du secteur vert.

Il est également ironique de voir que les luttes écologistes passées aboutissent aujourd’hui à des campagnes de culpabilisation des consommateurs particuliers, sous-entendant par là que nous serions tous responsables d’un désastre qui nous est imposé et dont on voudrait nous forcer à co-gerer les conséquences catastrophiques. Accepter ce discours, c’est nier que le secteur industriel est le principal consommateur d’énergie. Et c’est aussi nier que c’est l’offre, façonnée par l’industrie capitaliste, qui crée les besoins, pour ensuite les imposer comme norme.

Même si cela part parfois d’un « bon sentiment », ramener le problème de l’énergie à une question de consommation individuelle est une manipulation qui, sous prétexte de rassembler l’humanité entière sous la bannière de la sauvegarde de l’environnement, nie les rapports de force sociaux et empêche de penser et d’agir contre les vrais responsables du nucléaire et de son monde.

Il en va de même des illusions citoyennes, qui espèrent un renouveau écologique de la société garanti par l’Etat (démocratique ou autre). Ce discours maintient l’opacité sur le fait qu’il est un outil créé par et pour les classes dominantes, afin d’assurer leurs intérêts.

Et croire en la science (et sa vitrine moderne, la technologie) comme solution pour sortir de l’impasse, c’est ne pas voir que ces institutions sont des outils au service du pouvoir. Que peut-on encore espérer d’une institution exclusivement tournée vers le profit, la mise sous tutelle des individus, la surveillance et le contrôle des populations ? La technologie, tout comme l’Etat et le capitalisme, nous maintient dans un état de servitude où nous n’avons ni choix réel, ni possibilité d’action directe sur nos vies.

Pour conclure, le nucléaire est le produit et l’avant-garde d’une certaine logique. Et pour toutes ces raisons, on ne peut penser combattre le nucléaire sans combattre le monde qu’il met en place, qu’il maintient, nourrit et renforce.

Dans l’état actuel des choses, seule une remise en question radicale du monde qui a besoin, entre autre, du nucléaire, pourrait nous sortir de l’impasse dans laquelle nous a mené la société industrielle. Ce n’est qu’en reprenant du temps et de l’espace contre ce monde, que nous créerons les possibilités d’une autonomie collective et individuelle, permettant de réinventer et vivre nos besoins, désirs, mondes.

En gros, le choix se résume à demeurer dans l’empoisonnement industriel et la servitude, ou chercher les voies de la liberté, avec ses promesses et ses risques, malgré l’héritage empoisonné de l’industrialisation.

Ne réclamons pas la sortie du nucléaire mais imposons l’arrêt du nucléaire et de son monde.

en pdf:  pas de recyclage pour le capitalisme

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